La soupe à Saint-Victor-La-Coste

par Pierre Babay, le 14/09/2026 ,
dans le dossier Cartes postales de Saint-Victor

Notre collection s'est enrichie d'une nouvelle carte postale. Elle porte au recto l'intitulé manuscrit "La soupe à Saint-Victor-La-Coste" apposée sur la photo d'une troupe mangeant la soupe devant un portail. Au verso, aucun mention d'un photographe ou d'un éditeur donc aucune possibilité de connaître les conditions de la prise de vue.

La soupe à Saint-Victor-La-Coste

Au verso, la correspondance du soldat à ses parents. Ni date, ni destinataire, la carte a dû être envoyée dans une enveloppe. Voici la transcription du message expurgée de ses fautes d'orthographe (la lecture de l'original met à mal le mythe de "l'orthographe, c'était mieux avant")

Bien chers Parents,
En vous envoyant cette carte je vous fais savoir que je suis en bonne santé et nous allons rentrer demain à Nîmes. Ce n'est même pas malheureux : rester 8 jours sans se déshabiller. On est fatigués. Aujourd'hui à 2 h 1/2 que j'étais garde écurie du matin qu'il (tombait?) et tombait de la pluie au milieu d'une terre sans abri. J'étais pas trop joyeux dessous les couvertures et on part (voyager?) à 4 heures. Nous avons (...) de la chaleur avec. J'ai reçu votre lettre à Uzès le jour avant de partir pour Saint Victor la Coste. Aujourd'hui nous sommes à Rochefort. Je vais écrire une lettre sans trop tarder. Bonjour à P. Erieux je leur vais écrire (...) à Nîmes. Recevez mes salutations. 
Marius

La correspondance au verso de la carte

Il existe un autre exemplaire de la carte postale, même photo, même intitulé mais celle-ci, au contenu plus succint, envoyée à un camarade. En voici la teneur :

Cher Copain,
Deux mots pour te dire que je suis toujours en bonne santé quoi qu'on soit en manœuvre. Si je t'en dis que ça, sans se reposer dans un lit pendant huit jours. Nous avons toujours campé dans des écoles même à Saint-Victor-la-Coste que nous avons couché avec les poules. Je t'en dis pas davantage pour cette fois. Le bonjour à toute la famille. Reçois les salutations de ton camarade.
Marius

L'autre carte postale de notre collection,  relative à des manoeuvres à Saint-Victor, n'est ni écrite ni datée. Au dos, elle porte la mention de ce qui doit être l'un éditeur "Au Louis XV, 45 rue d'Uzès. - Nîmes". On n'en saura pas plus.
Là, il s'agit d'officiers : à l'aspect débonnaire de la carte de la soupe s'est substitué le port altier, l'uniforme nickel, la main négligemment glissée dans la poche. Celui de gauche semble être le plus gradé, celui de droite tient un éventail. On n'est pas du même monde, on sait se tenir. Ce n'est pas comme, au second plan, l'homme de troupe à l'uniforme bien moins blanc("rester 8 jours sans se déshabiller"), campé sur ses deux jambes, les mains sur les hanches qui semble ravi de se retrouver dans le champ de la photographie, presque comme s'il savait qu'il n'était pas à sa place et le signifiait.
Même s'il est impossible de savoir si les deux cartes datent de la même époque, on peut penser tout de même qu'il s'agit de manoeuvres identiques : mêmes uniformes, même régiment de cavalerie ("Aujourd'hui à 2 h 1/2 que j'étais garde écurie du matin") et même lieu ("au milieu d'une terre sans abri").

Les officiers

Mais revenons à notre carte "La soupe à Saint-Victor-La-Coste". On constate l'aspect hétéroclite des uniformes et des couvre-chefs.

À chacun son chapeau

Certains tête nue, certains couverts d'un calot et les autres d'un képi, originellement appelé casquette d'Afrique, recouvert d'un couvre-képi blanc et pour certains complété par un couvre-nuque. Ce détail permet de dater la carte postale : le couvre-képi et le couvre-nuque blanc on été introduits en 1902 jusqu'en 1912 où on a décidé de teindre tous les exemplaires en service en gris de fer bleuté notamment pour un meilleur camouflage, il fallait y penser. Le couvre-képi et le couvre-nuque blanc ne présument pas d'un régiment colonial : on les portait aussi en métropole pour se protéger du soleil ("Nous avons (...) de la chaleur avec").

L'éventuelle propriétaire et l'apparition mystérieuse

En prêtant mieux attention, on découvre dans le coin supérieur gauche la présence d'une femme : la propriétaire des poules ("même à Saint-Victor-la-Coste que nous avons couché avec les poules") ? Et puis en arrière-plan une apparition1 : où ne va pas se nicher le mystère. 

  1. Une tenue d'apiculteur ?